LES DIFFÉRENTES DOCTRINES DU ROMAN

 

LES SACRIFICES

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Dans la littérature clémentine, Pierre réfute un exposé de Simon et souligne le rejet des sacrifices comme point fondamental de la doctrine de Jésus : « Que D.ieu n’ait pas eu envie des sacrifices, voici de quoi le faire voir : ceux qui avaient désiré des viandes furent détruits dès qu’ils en eurent goûté et, mis en morceau en guise de tombe, furent appelés : Colline des désirs. Lui qui, à l’origine, trouvait mauvaise l’immolation des animaux et ne voulait pas qu’on les immolât, n’a pas réclamé des prémices car sans l’immolation d’animaux, on ne peut ni accomplir de sacrifices, ni offrir de prémices. » (Homélies 3, 45, 1-2) et sur la base des Écritures, selon les Homélies, Jésus aurait également réfuter diverses calomnies proférées contre le D.ieu Créateur dont notamment : « À ceux qui s’imaginent que D.ieu a envie des sacrifices, il a dit : D.ieu veut la pitié et non les sacrifices, la connaissance de D.ieu et non les holocaustes. » (Homélies 3, 56, 4 ; passage tiré de Matthieu 9 :13). Les Homélies annonce clairement que Jésus condamne aussi les rites sanglants ; en effet, ce ne seraient pas forcément les changeurs qu’il aurait chassé du Temple mais plutôt les vendeurs d’animaux comme il est dit : « Il renversa (…) les sièges des vendeurs de pigeons. » (Marc 11 :15) ou encore : « Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; (…) et il dit aux vendeurs de pigeons : Otez cela d'ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » (Jean 2 :15) ; Jésus s’inscrirait ainsi, dans une forme de perspective essénienne d’un Temple purifié.

 

Dans les Reconnaissances, il est enseigné : « En offrant des sacrifices, il est exilé et livré aux ennemis mais en pratiquant la miséricorde et la justice, sans recourir aux sacrifices, il est délivré de captivité et rendu à sa patrie. » (Reconnaissances 1, 37, 4). En effet, le Prophète de vérité reviendra enseigner que « D.ieu désire la miséricorde et non le sacrifice. » (Reconnaissances 1, 37, 2) ; il reviendra également engager les Juifs à renoncer aux sacrifices « de peur qu’ils ne vinssent à penser qu’en cessant d’offrir des victimes, ils se verraient supprimer la rémission des péchés ; il institua pour eux le baptême d’eau, dans lequel, par l’invocation de son nom, ils seraient délivrés de tous leurs péchés et à l’avenir, en menant une vie de perfection, ils demeureraient dans l’immortalité, lavés non par le sang des bêtes mais par la purification venant de la sagesse divine. » (Reconnaissances 1, 39, 2). Dans les Reconnaissances, Pierre provoquera un tumulte en prédisant la destruction du Temple : « Parce que vous ne voulez pas reconnaître que le temps d’offrir des victimes est désormais écoulé, le Temple, pour cela, sera détruit et l’abomination de la désolation s’établira dans le lieu saint. » (Reconnaissances 1, 64, 2) car D.ieu serait en effet, irrité de voir les sacrifices perdurer alors que leur temps est passé. 

 

L’argumentation clémentine de Pierre contre le Temple et les sacrifices le situe dans une mouvance contraire à celle du Jacques des Écrits Nazaréens, resté à Jérusalem et fréquentant toujours le Temple comme il est dit : « À Jacques seul, il était permis d’entrer dans le Temple car il ne portait pas de vêtements de laine mais de lin. Il entrait seul dans le Temple et il s’y tenait à genoux, demandant pardon pour le peuple ; si bien que ses genoux s’étaient endurcis comme ceux d’un chameau car il était toujours à genoux, adorant Dieu et demandant pardon pour le peuple. » (Eusèbe de Césarée, chap. 13 de son Histoire Ecclésiastique). Autrement dit, quelles que soient les intentions clémentines qui imprègnent le Roman et qui souhaitent se réclamer de « l’Église Mère » de Jérusalem, l’attitude de Jacques envers le Temple reste bien éloignée de celle du Pierre des clémentines. Comme on peut le constater, le récit clémentin prend une nouvelle fois, le contrepied des véracités apostoliques et historiques.

 

Le bibliste, F. Manns, explique que selon les clémentines, le culte sacrificiel fut permis par Moïse parce qu’Israël avait une tendance à l’idolâtrie tout comme le prouve l’épisode du veau d’or. (Reconnaissances 1, 35 ,1) ; Jésus en tant que vrai Prophète, reçut donc la mission de mettre fin au culte lévitique ancien (Reconnaissances 1, 39 ,1). En soi, la supériorité du Christ par rapport à Moïse est aussi affirmée tout comme la nécessité du baptême dépassant en tous points le culte aaronique sacrificiel, étant donné que l’eau du baptême « met fin au feu des sacrifices ».

 

Comme nous l’avons développé dans notre chapitre sur l’influence de l’ébionisme, certaines mouvances judéo-chrétiennes de l’époque étaient énormément centrées sur les doctrines liées au baptême, soit au monde de l’immersion et comme on peut le constater au travers des clémentines, si le baptême est indispensable pour obtenir le salut, il doit être accompagné par une vie sainte. Les œuvres sont importantes pour l’auteur des Homélies tout comme la purification ; toutes ces caractéristiques proviennent du Judaïsme auquel, l’auteur se rattache et ce, bien qu’il refuse les sacrifices sanglants. Le bibliste F. Manns, cite Épiphane et reconnaît à partir du Panarion, une forme d’ébionisme (Epiphane, Panarion 30, 15) et précise que l’insistance sur « les bains rituels et la critique du Temple » sont connues aussi des manuscrits de la Mer Morte [en lien avec les esséniens].

 

À noter également que la théorie des fausses périscopes permet même de soustraire à la Torah, les lois concernant les sacrifices et le Temple ; en termes plus simples, tous les passages présents dans la Torah, traitant des sacrifices ou encore du Temple pourraient être des ajouts postérieurs [et seraient loins d’être inspirés de D.ieu].