LES DIFFÉRENTES DOCTRINES DU ROMAN

JEAN LE BAPTISTE OU LA PROPHÉTIE DITE « FEMININE »

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La littérature clémentine expose un principe dualiste dans les « rites » de la prophétie : au travers du Roman, on comprend que dans chaque « couple » de prophètes, le premier élément à survenir est mauvais tandis que le second est bon. Par exemple, tels étaient Caïn et Abel, le corbeau et la colombe dans l’histoire de Noé, Ismaël et Isaac, Ésaü et Jacob, ou encore Simon le Mage et Pierre. Chaque « premier prophète » est ainsi, considéré par le Roman comme étant en réalité, un faux prophète ; le second n’est envoyé que pour réparer les méfaits du premier et pour exposer la « vraie » vérité divine dans le monde. (Homélies 2, 15-18)

 

Pourquoi parler d’un « couple » prophétique ? Car selon les clémentines, la vraie prophétie est qualifiée de masculine et la fausse, de féminine… Cette « ordre » entre masculin et féminin est expliqué dans les Homélies par Pierre : « Nous voyons arriver toutes choses sous une forme double et opposée : d’abord la nuit, puis le jour ; d’abord l’ignorance, puis la connaissance ; d’abord la maladie, puis la guérison. Ainsi, c’est l’erreur qui apparaît la première dans le monde des hommes, la vérité ne survient qu’ensuite, comme étant le médecin après la maladie. » (Homélies II, 33,2). Chacune des « syzygies » décrites dans les clémentines est composée de pôles complémentaires mais « opposés » : la nuit est opposée au jour, l’ignorance au monde de la connaissance ; il est donc aisé de comprendre que chacune des paires, est composée d’un élément négatif et d’un élément positif.   

 

De fait, comme nous l’avons compris, dans chacun des couples relevés dans le Roman pseudo-clémentin, le premier élément mentionné est négatif : Caïn, « injuste » ; le « corbeau noir » du déluge, identifié comme étant un esprit impur ; Ésaü, « impie » et même Aaron « grand-prêtre » et surtout « sacrificateur » car les sacrifices sont vivement critiqués par l’auteur du Roman pseudo-clémentin, comme étant indignes de la pureté de D.ieu (Homélies 2, 44, 2) et même, Jean le Baptiste pourtant vivement apprécié par Jésus dans les Évangiles. (Luc 7 :28)

 

En effet, parmi les Prophètes de vérité, il y a un absent notable selon les Écrits Nazaréens, qui est Jean le Baptiste ; ce dernier fait malheureusement l’objet de vives critiques dans le Roman pseudo-clémentin et a pour défaut majeur d’être « selon l’ordre de la syzygie » le précurseur de Jésus. (Homélies, II, 23, 1). En tant que « précurseur » de Jésus, Jean le Baptiste forme le mauvais côté de la syzygie puisque le négatif précède toujours le positif…. Selon le Roman, le Prophète « né de femmes » n’est donc pas habité par la véritable prophétie qui est féminine ; à la différence du Prophète de vérité soumis à la prophétie masculine. 

 

Bien évidemment, toutes ces notions sont en contradiction totale avec les Évangiles étant donné que le Messie lui-même a témoigné de sa bouche : « Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a point paru de plus grand que Jean Baptiste. » (Matthieu 11 :11) ou encore dans d‘autres apocryphes comme il est dit : « Depuis Adam jusqu’à Jean le Baptiste, parmi ceux qui sont enfantés des femmes, aucun ne surpasse Jean le Baptiste, si bien que ses yeux ne seront pas détruits mais j’ai dit : Celui qui parmi vous sera petit connaîtra le Royaume et surpassera Jean. » (Évangile de Toma, Loggion 46)

 

Phillipe Terrien dans son Mémoire sur les clémentines, propose également une opposition entre les deux baptêmes, entre celui de Jean-Baptiste et celui de Jésus. En fait, il faut savoir que les Homélies associent Simon le Mage à Jean-Baptiste puisque, selon le Roman, le premier faisait partie des disciples du second. Dans les Reconnaissances, on retrouve des traces de cette association mais elles sont moins hostiles à Jean que dans les Homélies. (La règle des syzygies et le dualisme dans les Homélies et les Reconnaissances pseudo-clémentines, Études littéraires, Mémoire de Philippe Terrien, p. 40). La raison pour laquelle Jean-Baptiste est opposée à Jésus est incertaine, c’est un trait original des clémentines que de faire de Simon, un disciple de Jean. (ibid, p. 126). En conséquence, Philippe Terrien dans une autre note se demande : L’auteur de l’Écrit de Base croyait-il que la tradition remontant à Simon, le père de toutes les hérésies, provenait des milieux baptistes représentés par Jean ? (ibid, p. 126). O. Cullmann y voit plutôt une attaque contre la secte des mandéens qui voyaient en Jean-Baptiste, un grand Prophète et qui le préféraient à Jésus. (O. Cullmann, Le problème littéraire et historique du Roman Pseudo-Clémentin, p. 180-181)

 

Autre information, la littérature clémentine établit un autre contraste être Jean et Jésus : alors que Jésus a eu douze disciples conformément au nombre de mois solaires ; Jean a eu trente disciples conformément au compte de mois lunaires. (Homélies 2, 23, 1). Or, chose étonnante et fausse, Simon était le premier et le plus éprouvé des trente disciples de Jean, tout comme Pierre est appelé, le disciple le plus éprouvé de Jésus. (Homélies 4, 5, 2). N’oublions pas que selon les syzygies et le dualisme, la prophétie féminine est à la prophétie masculine ce que « la lune est au soleil, le feu à la lumière. » (Homélies 3, 22, 1)

 

En conclusion, O. Cullmann écrit dans « Le problème littéraire et historique du Roman Pseudo-Clémentin » : Jean-Baptiste est considéré chez les judéo-chrétiens des « prédications de Pierre » comme un faux prophète [contrairement aux Évangiles] ; la rivalité existante entre le mouvement de Jean-Baptiste et celui de Jésus remonte à la personnalité même des deux fondateurs : Jésus se sépare du Baptiste, en introduisant l’idée d’un D.ieu pardonnant les péchés indépendamment de la pénitence proposé par Jean. Une nouvelle fois, la littérature clémentine aussi judéo-chrétienne soit-elle, nous prouve que les doctrines contenues dans le Roman viennent contredire non seulement Jésus lui-même mais également les Écrits Nazaréens, soutenant clairement la prophétie de Jean. (Matthieu 17 :12)