LES DIFFÉRENTES DOCTRINES DU ROMAN

 

LE PROPHÈTE DE VÉRITÉ

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

L’enseignement lié au Prophète de vérité présent dans la littérature clémentine est exposé comme étant une priorité étant donné que la foi dans ce Prophète, considéré comme le porte-parole de D.ieu, est nécessaire afin de combler les manques de l’esprit humain incapable de concevoir parfaitement ce qui a trait aux choses spirituelles et divines. En effet, la foi dans le Prophète de vérité permet « d’illuminer les âmes » et de rendre les hommes « capables de voir de leurs propres yeux le chemin du salut éternel » (Homélies 1, 19,1) en les enseignant sur les « choses divines et éternelles » (Reconnaissances 1, 16, 2). En d’autres termes, le Prophète est un guide précieux et indispensable pour l’homme ; ses propos ne peuvent être soumis à discussion et comme le précisera un autre passage, nous devons « croire le Prophète en toutes circonstances, (...) recevoir toutes ses paroles pour certaines. » (Homélies 1, 1, 5-6)

 

Selon le Roman Pseudo-Clémentin, la parole du Prophète de vérité est infaillible et cela parce qu’il « est pleinement informé du jugement de D.ieu » (Homélies 3, 11, 2) et même lorsque sa parole semble être erronée, nous devons nous persuader que c’est forcément que nous l’avons mal comprise ; les limites de notre esprit rendant inéluctables, les mécompréhensions spirituelles. (Homélies 2, 11, 2-3)

 

À noter que selon la littérature clémentine, le Prophète de vérité est une figure éternelle se manifestant tout au long de l’histoire humaine et ce, depuis le début de la Création ; il revêt des formes différentes en changeant de noms. En fait, Jésus constitue une figure importante du Prophète de vérité, dans la mesure où le Messie lui-même marque la fin de « l’errance » du Prophète ; autrement dit, Jésus est le représentant de sa dernière manifestation (Reconnaissances 1, 48, 6) tandis que c’est Adam qui a inauguré le début de cette « véritable » prophétie. On reconnaît, dans cette doctrine, un lien étroit entre Adam et Jésus très largement attestée dans le « christianisme » antique et notamment dans les Lettres de Paul (cf. Romains et Corinthiens). De plus, comme nous l’avons déjà précisé, entre Adam et Jésus, le Prophète de vérité n’est pas resté silencieux mais s’est manifesté au travers d’un certain nombre de personnes parmi lesquelles, on peut retrouver Hénoch, Noé, Abraham, Isaac, Jacob ou encore bien évidemment, Moïse. (Homélies 17, 4, 3 ; Homélies 18, 13, 6)

 

Pour conclure, il est intéressant de constater que la « figure du Prophète de Vérité » a été reprise par l’islam en ayant fait son « pilier » [avec Mahomet] et d’ailleurs, nous pourrons également retrouver dans l’islam les notions d’Écritures ayant été falsifiées (cf. La théorie clémentine des fausses péricopes). De ce fait, toutes ces informations nous renforce dans l’idée selon laquelle, Mahomet a été en contact avec de nombreux croyants « judéo-chrétiens » et voilà pourquoi, nous entendons parfois dire que « l’ébionisme » a inspiré l’islam. La question des filiations entre les religions est toujours assez délicate mais il n’est pas invraisemblable que la « doctrine du Prophète de vérité » ait pu passer des communautés judéo-chrétiennes au mouvement naissant de l’islam.