L’ORIGINE ET LES DIFFÉRENTES SOURCES DE LA LITTÉRATURE CLÉMENTINE

LE LIEN ENTRE LES HOMÉLIES ET LES RECONNAISSANCES

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Les deux ouvrages qui contiennent beaucoup de parallèles ont une origine grecque ; si leur rédaction est datée du 4ème siècle, leurs traditions orales remonteraient au 3ème siècle, voire au 2nd et proviendraient selon toute vraisemblance, selon les chercheurs, Bousset, Heintze, Schmidt et Cullmann, des milieux judéo-chrétiens présents en Syrie.

 

Arrivé à ce stade, il convient donc de se demander : À quelles communautés judéo-chrétiennes du second ou du troisième siècle, les Pseudo-Clémentines et leurs sources, font-elles référence ? La plupart des études sur le sujet nous pousse clairement vers une meilleure définition du judéo-christianisme en général, et en particulier d’un judéo-christianisme ébionite syrien du troisième siècle. Nous reviendrons plus en détails sur le sujet mais à propos de la définition du judéo-christianisme, les discussions ne cessent de continuer de nos jours. En fait, même si aucune définition n’est vraiment parfaite, le bibliste français, F. Manns, témoigne que nous entendons par « judéo-chrétiens », des croyants en Jésus d’origine Juive, le considérant comme Messie d’Israël. Ces Juifs, lors des premiers temps du christianisme, continuaient à observer la Torah et maintenaient leur identité Juive. En effet, dans le Roman Pseudo-Clémentin, Jésus est présenté comme étant le nouveau Moïse, et le vrai Prophète ; ses disciples continuent de pratiquer les commandements de la Loi mosaïque, comme la circoncision ou encore le Shabbat. Ce même bibliste écrit également : Les judéo-chrétiens Nazaréens acceptant les Lettres de Paul parmi leurs Écritures semblent avoir été les héritiers de la communauté de Jérusalem alors que les judéo-chrétiens ébionites refusant ses Écrits comme canoniques, étaient indépendants. (F. Manns citant Irénée, Adv. Haer. 1.26.2 ; 3.21.1 ; 5.1.3) ; il est donc aisé de comprendre que le Roman Pseudo-Clémentin, étant considéré comme un Roman anti-paulinien, était certainement de source judéo-chrétienne de mouvance ébionite souhaitant exclusivement se rattacher aux figures de Jacques ou encore de Pierre. Conclusion, on ne peut nier le fait que la littérature clémentine souhaite établir un lien entre « l’Église Mère » de Jérusalem et à ce sujet, le Livre des Actes écrit par Luc [de branche paulinienne] est également très clair sur la présence de premiers judéo-chrétiens anti-pauliniens à Jérusalem comme il est dit : « Quelques hommes, venus de la Judée, enseignaient les frères, en disant : Si vous n'êtes circoncis selon le rite de Moïse, vous ne pouvez être sauvés. » (Actes 15 :1) ou encore : « En effet, avant l'arrivée de certains gens de l'entourage de Jacques. » (Galates 2 :12) ou encore : « Ayant appris que quelques hommes partis de chez nous, et auxquels nous n'avions donné aucun ordre, vous ont troublés par leurs discours et ont ébranlé vos âmes. » (Actes 15 :24)

 

Autre point très important, la parenté des Homélies et des Reconnaissances est qu’elle dépend nécessairement d’une source commune, plus ancienne ; la recherche a prouvé qu’il s’agissait d’un écrit grec nommé « l’Écrit de Base » probablement composé entre les années 220 et 325. En fait, toutes les informations incomplètes du corpus clémentin ont conduit à rechercher l’existence d’une éventuelle source commune du nom de « Grundschrift » [Écrit de Base] aux Homélies et aux Reconnaissances. Selon C. Schmidt, cette source daterait du 3ème siècle et serait en elle-même, un agglomérat de plusieurs documents encore plus anciens (6). En effet, comme on pourra l’entendre de plusieurs spécialistes sur le sujet, le titre de cet « Écrit de Base » était connu sous le nom des « Itinéraires de Pierre » et son contenu exact fait l'objet de multiples débats. Comme on peut déjà le constater, le corpus clémentin est à prendre "avec pincettes" étant donné que toutes ses composantes sont considérées comme floues et ne datent pas des vrais temps apostoliques.

 

De plus, il est également important de relever que pour certains, même cet « Écrit de Base » dépendrait également, à son tour, d’une autre source judéo-chrétienne apocryphe du nom des « Montées de Jacques » et remonterait au 2nd siècle.