L’ORIGINE ET LES DIFFÉRENTES SOURCES DE LA LITTÉRATURE CLÉMENTINE

L’ÉCRIT DE BASE, OU LE GRUNDSCHRIFT

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Ce serait grâce à un certain Lipsius (7) que l’on doit le concept et le terme de « Grundschrift », soit l’éventuel Écrit de base, étant à l’origine des Homélies et des Reconnaissances. Pour lui, l’Écrit de Base était composé de textes dépendants d’une ancienne source judéo-chrétienne ébionite ; sa thèse est généralement acceptée par les chercheurs. Toutefois, J. Chapman (8) rejeta les résultats de la recherche sur la Grundschrift. Pour lui, ces textes n’ont jamais existé ; il ne décela aucun élément judéo-chrétien, ni anti-paulinien au point qu’il affirma que l’auteur des Pseudo-Clémentines était un arien du 4ème siècle ayant écrit cet ouvrage pour les païens. O. Cullmann, quant à lui, définit la Grundschrift comme n’étant pas une œuvre originale conçue d’un seul jet ; l’Écrit fondamental serait plutôt une encyclopédie dans laquelle, différents auteurs auraient collaboré (9). En complément, une Revue d'Histoire et de philosophie religieuse fait dire à Cullmann : À la base, il y a un Écrit judéo-chrétien portant comme titre les « Prédications de Pierre », professant un gnosticisme très peu orthodoxe, combattant violemment l'Apôtre Paul et s'attachant en même temps d'une façon très étroite au Judaïsme. Avec Waitz et Bousset, nous en avons placé la composition au début du 2nd siècle en Transjordanie. (O. Cullmann, Le problème littéraire et historique du Roman Pseudo-Clémentin, Revue d'Histoire et de philosophie religieuse, année 1930, p. 471-476). B. Rehm se distingua du reste des recherches par l’hypothèse d’un interpolateur : l’auteur de la Grundschrift serait un compilateur, modifiant très peu ses sources. Pour lui, tous les passages dont les passages anti-pauliniens, la Lettre de Pierre ou encore les références à Jacques seraient des rajouts [non-originaux] ébionites (10). H. J. Schoeps a également soutenu la théorie de l’interpolateur, et identifia même deux sources : l’Écrit de Base, rédigé par un judéo-chrétien du second siècle et une autre rédigée par un judéo-chrétien, combattant le marcionisme et le gnosticisme.

 

Quoi qu’il en soit, il convient de constater au travers des multiples datations et des multiples avis allant dans ce sens, que le Roman Pseudo-Clémentin n’a jamais écrit ni par Clément, ni par Pierre et encore moins par d’autres Apôtres mais bien plus tard dans l’histoire du judéo-christianisme, certainement par de vrais Juifs croyants en la messianité de Jésus [dans un contexte particulier]. 

 

Nous rejoignons ainsi, l’avis de Cullmann : Contrairement à nos prédécesseurs, nous admettons que l’auteur de l'Écrit de Base, écrivant en Syrie entre 220 et 230, était un judéo-chrétien (O. Cullmann) et de surcroît, de mouvance ébionite ; celle-ci étant caractérisée principalement par une pratique de la Torah et par un anti-paulinisme virulent, tout en se réclamant de Yaakov comme il est dit dans les Écrits Nazaréens : « Ayant appris que quelques hommes partis de chez nous, et auxquels nous n'avions donné aucun ordre, vous ont troublés par leurs discours et ont ébranlé vos âmes. » (Actes 15 :24)